09 octobre 2008

Sur la plage de Chesil

Sur la plage de Chesil fait parti des quelques livres que j'aie sélectionné dans la multitude de la rentrée littéraire automne 2008. 1962, Grande-Bretagne. Edward 9782070785469et Florence, 22 et 20 ans viennent de se marier. Le soir de leur mariage ils se retrouvent face à face dans la suite nuptiale d'un hôtel proche de la plage de Chesil. Dans les 4/5 premières pages McEwan nous présente un jeune couple très amoureux, ébloui par leur propre amour, par leur entente, ému de rentrer chez les grands, de passer dans le monde des adultes. Très vite l'on perçoit qu'un malaise s'installe. Le passage à l'acte inhérent à la nuit de noce pétrifie le jeune couple. Edward semble inquiet de ne pas être à la hauteur. Pour Florence le malaise semble bien plus profond et l'on voit le dégoût pur et simple que lui inspire tout rapport physique avec son compagnon. Ne pas se méprendre : il n'y a pas eu de mariage forcé, pas de mariage arrangé. Il n'y a que de l'amour. Une année d'amour courtois a précédé ce mariage. La narration, structurée en 4 périodes, alterne entre flash-backs sur la vie de Florence et Edward et "l'affrontement "auquel ces derniers se livrent. Ces flash-backs attisent notre empathie envers chacun d'eux : on découvre leur parcours de vie, leurs goûts, leurs envies non avouées. Du texte ressort parfaitement l'ambiance, les "odeurs" de l'époque, les débuts des mutations de la société anglaise tout en sachant que "la société n'évolue jamais partout au même rythme". Sans jamais avoir d'explication claire on devine l'événement qui est, peut-être à l'origine de dégoût de florence pour toute "pénétration". Mais là n'est pas l'essentiel. L'intensité de ce livre est dans la concision de l'action, dans le huis clos que l'on vit avec les 2 héros, partageant avec eux l'air vicié de cette suite nuptiale. La violence est dans l'intensité de l'amour partagé mais brisé par un manque de paroles, par une trop grande peur d'oser parler de sexe. La violence ultime est de constater qu'une vie bascule car à un moment, un tout petit moment l'on a décidé de se taire, de ne pas bouger, d'avoir eu un peu trop d'orgueil. Alors ? Chef d'œuvre ou pas ? Beau, émouvant, touchant. Déstabilisant car, une fois le livre fermé, on ne peut que se retourner sur son propre parcours (amoureux ou pas) pour se dire : ai-je bien fait ? ai-je su dire ? Alors chef d'œuvre peut-être pas mais roman venant narguer l'intime très certainement.

Sur la plage de Chesil de Ian McEwan, traduit de l'anglais par  France Camus-Pichon, Editions Gallimard, 160 pages, ISBN 9782070785469.

 

Posté par adelle à 09:11 - - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Sur la plage de Chesil

    Merci d'avoir mis le septième ici, sur cette page bleu, au milieu de tous ces livres, de ces petits restaurants et de ces bon mots.

    Cela me donner l'occasion de laisser courir l'esprit sur les étagères d'Adelle. Mac Ewan, je ne connaissais pas jusqu'à la semaine dernière et puis j'ai trouvé plusieurs de ces romans en format poche alignés sur un petit meuble. Depuis, Samedi est sur ma table de nuit. Il attend que je quitte Tom Sawyer.

    Ce qui est certain est que ces lignes à propos de Sur la plage m'ont donné envie de respirer l'aire, si bien décrite, de cette chambre d'hotel... Et puis de recommencer à renvoyer quelques phrases du haut septième.

    Merci donc, et au plaisir de suivre votre fil.

    Posté par Emilie A., 14 octobre 2008 à 22:08 | | Répondre
  • Deux commentaires ... Ca fait beaucoup ! Oui, mais j'avais envie de vous demander si vous aviez lu le livre Elégie pour un Américain de Siri Hustvedt ?

    Posté par Emilie A., 14 octobre 2008 à 22:13 | | Répondre
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